Livres en Folie / 32e édition

Entretien avec Gregory Sicard autour de son ouvrage La franc-maçonnerie de Saint-Domingue à Haïti, oser faire le bien

Claude Bernard Sérant
02 juin 2026 — Lecture : 5 min.
 

À l’occasion de la 32e édition de Livres en folie, Gregory Sicard signera son ouvrage La franc-maçonnerie de Saint-Domingue à Haïti, oser faire le bien, le jeudi 4 juin. Homme d’affaires, franc-maçon et chercheur passionné d’histoire, il propose une lecture originale de l’histoire d’Haïti à travers l’influence des francs-maçons depuis l’époque coloniale jusqu’à nos jours. Dans cet entretien, il présente les grandes lignes de son travail et les découvertes qui ont marqué ses trois années de recherche.

Le Nouvelliste : Comment est né votre livre titré La franc-maçonnerie de Saint-Domingue à Haïti, oser faire le bien?

Gregory Sicard : Le livre retrace l’histoire d’Haïti depuis l’époque coloniale de Saint-Domingue à travers le prisme de la franc-maçonnerie. J’ai voulu montrer comment des francs-maçons ont influencé différents moments de notre histoire en cherchant, selon leur idéal, à « oser faire le bien ».

On retrouve les premiers francs-maçons haïtiens dans les loges coloniales dès que les libres de couleur et les Noirs libres ont obtenu des droits civils et politiques. Parmi eux figurent notamment Paul Louverture, neveu de Toussaint Louverture, ainsi que plusieurs personnalités qui deviendront plus tard des cadres des administrations de Dessalines, Pétion, Christophe et Boyer.

 

Le Nouvelliste : Que découvre-t-on dans cet ouvrage ?

 

Gregory Sicard : J’ai voulu revisiter plusieurs épisodes majeurs de notre histoire en m’appuyant sur des archives et des sources historiques souvent méconnues. J’aborde notamment le rôle joué par certains francs-maçons lors des massacres de Français après l’Indépendance, en montrant comment plusieurs d’entre eux ont contribué à sauver des vies.

Je traite également de sujets sensibles qui continuent d’alimenter les débats entre Haïtiens, notamment l’assassinat de l’empereur Dessalines, dans lequel plusieurs francs-maçons sont impliqués. Le lecteur découvrira aussi une autre lecture de la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti par la France, loin de certaines interprétations généralement admises.

 

Le Nouvelliste : En fait, quel est votre objectif?

 

Gregory Sicard : Mon objectif est de confronter les mythes à la documentation historique afin d’offrir au lecteur une meilleure compréhension des événements.

 

Le Nouvelliste : Dessalines était-il franc-maçon ?

 

Gregory Sicard : Non. Dessalines n’était pas franc-maçon et il entretenait même des rapports difficiles avec les loges. Dès 1803, lorsqu’il entrait dans une ville, il ordonnait souvent leur fermeture. Certaines furent même saccagées. Sous l’Empire, plusieurs francs-maçons continuèrent toutefois à se réunir discrètement, notamment sous certaines protections politiques.

 

Le Nouvelliste : Vous insistez également sur l’influence des idéaux maçonniques dans la construction de l’État haïtien.

 

Gregory Sicard : Effectivement. Dès 1806, Haïti adopte un modèle institutionnel inspiré de principes démocratiques. Il ne faut pas oublier que les idéaux de la franc-maçonnerie reposent sur la liberté, l’égalité et la fraternité. Ces valeurs ont influencé de nombreux acteurs politiques de l’époque.

J’évoque également les liens de solidarité qui ont existé entre des figures maçonniques du continent américain. Je pense notamment à Francisco de Miranda et à Simón Bolívar. Cette solidarité internationale constitue un aspect important de l’histoire politique de la région.

 

Le Nouvelliste :  S’agit-il de votre premier livre ?

 

Gregory Sicard : Oui, c’est mon premier ouvrage. J’ai déjà rédigé différents textes et documents à caractère politique. Je suis notamment co-auteur du manifeste L’Appel du Lambi, un document proposant des pistes de réflexion pour une transition politique en Haïti. Mais c’est la première fois que je mène un projet de recherche historique d’une telle ampleur.

 

Le Nouvelliste : Quelle est votre formation ?

 

Gregory Sicard : Je suis entrepreneur et homme d’affaires. J’ai étudié le Business Administration avec une spécialisation en marketing au Boston College, aux États-Unis, avant d’obtenir un MBA en commerce international à l’Université de San Diego.

 

Le Nouvelliste : Qu’est-ce qui vous a conduit à entreprendre ces recherches sur la franc-maçonnerie ?

 

Gregory Sicard : Je suis moi-même franc-maçon et maître maçon. Plusieurs frères m’avaient demandé d’expliquer comment la franc-maçonnerie s’était implantée en Haïti. En effectuant mes recherches, j’ai découvert qu’il existait plus d’une quarantaine de loges françaises dans les principales villes de Saint-Domingue.

J’ai alors entrepris un important travail de recherche dans les archives du Grand Orient de France ainsi qu’à la Bibliothèque nationale de France. Ces recherches ont duré près de trois ans. Après avoir présenté mes travaux dans différentes loges et constaté l’intérêt qu’ils suscitaient, j’ai décidé d’en faire un livre.

 

Le Nouvelliste : Où peut-on se procurer l’ouvrage ?

 

Gregory Sicard : Le livre est disponible à la librairie La Pléiade, à Bois-Patate et à Pétion-Ville, chez Henri Deschamps à Pétion-Ville ainsi qu’à la librairie Astérix. Il peut également être commandé sur mon site internet. Des livraisons sont possibles vers les États-Unis et la France. Une édition anglaise est également prévue.

 

Le Nouvelliste : Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes lecteurs ?

 

Gregory Sicard : Je les invite à découvrir leur histoire. Comprendre d’où l’on vient permet de mieux savoir où l’on va. L’histoire est une école qui nous enseigne beaucoup de choses. Comme l’affirmait George Santayana, celui qui ignore son histoire risque de répéter les mêmes erreurs.

Je souhaite que les jeunes explorent le passé d’Haïti à travers ce regard particulier porté sur la franc-maçonnerie. J’espère aussi qu’ils développeront leur esprit critique et qu’ils apprendront à distinguer les faits historiques des récits approximatifs ou des contre-vérités.

Pour écrire ce livre, je me suis appuyé principalement sur les grands historiens haïtiens, notamment Thomas Madiou et Beaubrun Ardouin. Leurs travaux constituent des références fondamentales pour comprendre notre histoire nationale.

 

Le Nouvelliste : C’est votre mot aux lecteurs.

 

Gregory Sicard : J’invite les lecteurs à venir découvrir cette facette souvent méconnue de notre histoire. La franc-maçonnerie de Saint-Domingue à Haïti, oser faire le bien est avant tout une invitation à revisiter le passé avec curiosité, rigueur et ouverture d’esprit.

 

Propos recueillis par Claude Bernard Sérant